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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Gyslaine Desrosiers
Gyslaine Desrosiers

Le leadership est associé en général à des qualités personnelles. Toutefois, on évoque de plus en plus qu’il s’agit d’une compétence professionnelle. La littérature en management suggère aux grandes entreprises de repérer le potentiel de leadership de son personnel : les habiletés techniques et l’expertise dans son domaine, l’intelligence analytique et le jugement ainsi que l’intelligence émotionnelle. J’ajoute l’importance de la culture générale et des habiletés communicationnelles.

Dans la profession infirmière, on valorise de plus en plus le leadership clinique qui implique non seulement des habiletés techniques et éthiques, mais également une capacité à innover et à faire évoluer les pratiques de soins. Ce leadership innovant peut cohabiter avec la multidisciplinarité.

Le management dans le secteur de la santé fait malheureusement trop souvent preuve d’une culture d’entreprise très normative, rigide, hiérarchique et appuyée sur les règles. Les entreprises à succès qui sont aussi les plus satisfaisantes pour les employés présentent une culture basée sur la créativité, la participation, la valorisation de l’expertise et enfin, sur l’expérimentation. Rappelons une citation célèbre de Peter F. Drucker : « Le management est l’art de bien faire les choses; le leadership est l’art de faire les bons choix ».

L’infirmière et l’infirmier ont un rôle prépondérant dans l’établissement de santé, mais au-delà de leur rôle de soignant, il faut oser proposer des changements de pratique, prendre la parole, prendre la défense de l’intérêt des patients, prendre sa place dans l’équipe interdisciplinaire et se définir comme un expert en soins. Pour un impact mesurable, il faut investir les lieux dits de pouvoir. Ces lieux, ce sont notamment le CECII, les ordres régionaux ou les associations professionnelles, qui sont des forums pour faire bouger les choses. Le leadership infirmier peut se mesurer à sa zone d’influence, passant de praticien expert et réflexif jusqu’à leader d’opinion et agent de transformation de la société.

Il y a deux professions qui collectivement peuvent influencer de façon significative le système de santé : celles de médecin et d’infirmière. Les médecins possèdent notamment une autorité professionnelle indéniable confirmée par le Code des professions et un monopole de marché concédé par le Régime d’assurance-maladie du Québec. Les infirmières et infirmiers sont le groupe professionnel le plus nombreux, présent dans tous les milieux, avec une diversité de compétences, mais surtout, la profession a la confiance de la population, avec une notoriété publique enviable. Plusieurs groupes infirmiers souhaitent augmenter leur zone d’influence. Le capital de sympathie est un atout, mais ce n’est pas suffisant.

Le contexte politique actuel au Québec, où tous les programmes publics feront l’objet d’un examen, s’avère une occasion de faire valoir les solutions infirmières, notamment dans le suivi des personnes présentant une maladie chronique et dans les soins de santé primaires. D’ailleurs, le nouveau gouvernement s’est fait élire sur la promesse d’investir massivement dans les infirmières praticiennes.

Le nerf de la guerre demeure le mode de financement des activités cliniques au Québec, qui fait en sorte qu’augmenter le nombre d’infirmières praticiennes est associé à une croissance des dépenses publiques parce que le partage des actes médicaux n’est jamais accompagné d’un transfert d’argent de la RAMQ aux établissements de santé qui doivent payer le salaire des infirmières.

Outre l’Ordre des infirmières et infirmiers et les syndicats d’infirmières, il existe plusieurs dizaines d’associations d’infirmières au Québec, la plupart étant méconnues. Une consolidation associative s’impose. Les positions syndicales risquent d’être prédominantes dans un contexte de diminution de programmes et de renouvellement des conventions collectives. J’estime pourtant qu’il y a de la place pour des prises de position recentrées sur l’intérêt public. En guise d’exemple, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) n’a pas adopté une position corporatiste. La profession infirmière peut-elle envisager une nouvelle position et de nouvelles alliances stratégiques? Je rappelle que la position de victimisation est l’antithèse du leadership.

Une culture professionnelle infirmière habile aux jeux de pouvoir, ouverte aux idées nouvelles et soutenue par une vision de société devrait émerger et se faire entendre. Les habiletés macro-politiques et médiatiques et une prise de parole dans les grands débats sociosanitaires s’avèrent des clés pour que la profession infirmière puisse augmenter son influence dans le domaine des soins de santé au Québec.

par Gyslaine Desrosiers, inf., M.B.A., Dh.c.

 

1Inspiré de Jeanne Simard, avocate et administratrice agrée, Laboratoire de recherche et d’interventions en gouvernance des organisations, UQAC. Conférence présentée au CIQ, le 11 octobre 2012.

Texte résumant une conférence présentée au colloque annuel de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de Laurentides/Lanaudière (ORIILL), le 13 juin 2014, à Sainte-Thérèse de Blainville

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