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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

L'infirmière en pratique avancée en santé mentale et soins psychiatriques : un rôle en définition pour mieux répondre aux besoins de la population québécoise

Par Meriem Sedjal, inf., M.Sc.(c.) – UQO, Stéphanie Nencioni, inf., M.Sc.(c.) – UQTR, Maryane Burinato, inf., M.Sc.(c.) – UQO, Élise Salesse-Gauthier, inf., M.Sc.(c.) – UQTR, et Frédéric Banville, psy., Ph.D. – UQAR

Stephanie Nencioni
Meriem Sedjal Stéphanie Nencioni
Maryane Burinato Élise Salesse-Gauthier
Maryane Burinato Élise Salesse-Gauthier


Le système de santé québécois est depuis plus d'une décennie le théâtre de nombreuses métamorphoses. Afin d'offrir une réponse aux besoins complexes de la population, de nouveaux rôles ont émergé, tels que celui de l'infirmière praticienne spécialisée (IPS) et celui de l'infirmière clinicienne spécialisée (ICS). Dans le même esprit, l'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) publiait un argumentaire en appui à la demande de création de la spécialité infirmière en santé mentale et psychiatrie. Plusieurs acteurs ont été impliqués dans la création de cette spécialité et il semble que le rôle de l'infirmière en pratique avancée doive être défini davantage. Cet article s'inscrit dans cette démarche et a comme objectif de partager une réflexion sur le rôle de l'infirmière clinicienne spécialisée en santé mentale et soins psychiatriques (ICS-SM/PSY) de même que sur certains enjeux actuels qui limitent son déploiement.

Depuis 2005, plusieurs recommandations ont été émises par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2005) afin d'optimiser l'offre de service en santé mentale. Deux lois modifiant le Code des professions (Loi no 90 et Loi no 21) ont été adoptées, réservant la pratique d'activités dites à risque de préjudices telles que l'évaluation des troubles mentaux et la pratique de la psychothérapie à certains professionnels. C'est dans ce contexte que le réseau de l'Université du Québec a créé un programme de maîtrise en sciences infirmières – concentration santé mentale et soins psychiatriques. À la suite de cette formation et de l'adoption par l'Office des professions d'un règlement de l'OIIQ, celles-ci seront en mesure d'assurer une pratique clinique avancée fondée sur un corpus de connaissances spécialisées et sur une approche holistique de partenariat.

Grâce à leur statut d'experte-conseil et à leur capacité de prodiguer des soins directs, les ICS contribuent à l'accessibilité aux soins, à désengorger les urgences et à diminuer la stigmatisation vécue par la clientèle-cible, et ce, en offrant des services basés sur une culture de recherche (OIIQ, 2009). Malgré les perspectives de carrière et les retombées populationnelles prometteuses, l'avenir du rôle de l'ICS demeure précaire (DiCenso et Bryant-Lukosius, 2010), ceci s'expliquant en partie par un manque de garantie ferme de pratique clinique directe (Dallaire et al., 2010). Il apparaît qu'en raison de la multiplicité de leurs rôles (DiCenso et al., 2010), les ICS consacreraient tout au plus 20 % de leur temps aux soins directs (Roschkovet al., 2004).

De plus, contrairement à la pratique avancée en prévention et contrôle des infections, celle en santé mentale et soins psychiatriques tarde à se doter d'une réglementation officielle. Par ailleurs, en plus de l'enjeu lié à la réglementation, il y a également celui de la reconnaissance des milieux de pratique de la pertinence du rôle et/ou de la formation de 2e cycle pour assurer une pratique avancée de pointe. En effet, il apparaît que plusieurs infirmières se voient octroyer le titre d'ICS sans posséder le niveau de formation requis. Évidemment, ceci peut limiter le déploiement des ICS-SM/PSY en plus de générer une confusion à l'égard des compétences attendues.

Certaines commissions infirmières régionales, appuyées par des médecins, ont recommandé la création d'un rôle d'IPS en santé mentale (OIIQ, 2009). Ainsi, deux titres complémentaires d'infirmières (IPS et ICS) permettraient de répondre de manière optimale aux besoins de la population dans le domaine de la santé mentale. Bien que cette avenue demeure controversée au Québec (Dallaire et al., 2010), elle semble déjà avoir été privilégiée dans plusieurs pays, entraînant de nombreuses retombées positives tant sur la qualité des soins que sur la satisfaction de la clientèle (Bryant-Lukosius et al., 2004).

En conclusion, la réflexion proposée dans cet article a permis de constater qu'au Québec, plusieurs ressources potentielles sont à notre portée, que ce soit par la voie des IPS ou celle des ICS. Les acteurs concernés semblent suggérer la réglementation d'un nouveau rôle soit celui de l'ICS-SM/PSY, lequel pourrait se déployer en 1re ligne. Cependant, force est de constater qu'il existe encore plusieurs obstacles à l'implantation de ce rôle. Dans cette perspective, nous souhaitons poursuivre notre réflexion et nous invitons la communauté infirmière à se positionner sur la direction que devrait prendre la pratique avancée en santé mentale et soins psychiatriques.

Références

Banville, F., E. Salesse-Gauthier, S. Thibault et C. Page. (2013). « La pratique avancée en santé mentale : les effets de la formation sur le développement professionnel » (présentation d'atelier). [En ligne : www.aqiism.org/documents/temp/1104Atelier_C-1.ppt]

Bryant-Lukosius, D., A. DiCenso, G. Brown et J. Pinelli. (2004). « Advanced practice nursing roles: development, implementation and evaluation », Journal of Advanced Nursing, 48(5), 519-529.

Dallaire, C., M. Dallaire, L. Juneau et K. Labarre. (2010). « Comment éviter la disparition des infirmières cliniciennes spécialisées? » (numéro spécial : Pratique avancée), L'infirmière clinicienne, 7(2),18-29.

DiCenso, A., D. Bryant-Lukosius, I. Bourgeault, R. Martin-Misener, F. Donald, J. Abelson et al. (2010). Infirmières cliniciennes spécialisées et infirmières praticiennes au Canada : Synthèse d'aide à la décision, Ottawa, Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé.

Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). (2005). Plan d'action en santé mentale 2005-2010 : la force des liens, Québec, MSSS. [En ligne : http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2005/05-914-01.pdf]

Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). (2012). Évaluation de l'implantation du Plan d'action en santé mentale 2005-2010 : la force des liens, Québec, MSSS. [En ligne : http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2012/12-914-09W.pdf]

Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ). (2009). La pratique infirmière en santé mentale : une contribution essentielle à consolider, Westmount, OIIQ. [En ligne : www.oiiq.org/publications/repertoire/la-pratique-infirmiere-en-sante-mentale-une-contribution-essentielle-a-conso]

Roschkov, S., G. Urquhart, D. Rebeyka et K. Scherr. (2004). « Clinical Nurse Specialist or Nurse Practitioner? », The Canadian Nurse, 100(5), 18-22.

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