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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

FORMATION INFIRMIÈRE CLINICIENNE SPÉCIALISÉE EN SANTÉ MENTALE ET EN SOINS PSYCHIATRIQUES

Par, Véronique Painchaud, infirmière clinicienne, étudiante à la maîtrise en sciences infirmières, Université du Québec en Outaouais (campus Saint-Jérôme)

Véronique Painchaud
Véronique Painchaud

L'auteure tient à remercier les professeures Lucie Lemelin et Chantal Verdon pour la correction de cet article.

Depuis fort longtemps, on retrouve des infirmières qui œuvrent dans le domaine de la psychiatrie. Elles sont passées des asiles aux hôpitaux psychiatriques, puis aux soins communautaires lors de la désinstitutionnalisation. Le rôle de ces derniers est en constante évolution. Depuis peu dans les universités du Québec, on offre une formation d'infirmière clinicienne spécialisée (ICS) en santé mentale et en soins psychiatriques. Dans le cadre de cette formation, les étudiantes se questionnent sur l'intégration des savoirs de la discipline infirmière, dans le but de consolider leur identité professionnelle. Cet article porte donc sur la définition du rôle des ICS et sur le processus de spécialisation. Ensuite, il tente de clarifier ce qui relève spécifiquement de la science infirmière dans le rôle élargi de l'ICS.

Hamric, Spross et Hanson (1996) définissent le rôle de l'ICS en intégrant les cinq types de savoir associés à la discipline, soit les modes :

  • personnel
  • esthétique
  • éthique
  • empirique
  • émancipateur

Au centre de la pratique avancée se situe le soin direct au patient et à la famille. Pour obtenir le titre d'infirmière clinicienne en pratique avancée, l'ICS doit obtenir un diplôme de deuxième cycle universitaire. Elle doit acquérir une expertise sur le plan des connaissances et des compétences (DiCenso et Bryant-Lukosius, 2010). Ses responsabilités couvrent un large spectre d'activités, de la pratique clinique au rôle de consultation, d'éducation, de recherche et de leadership clinique. Plus spécifiquement, un rapport du comité d'experts sur la pratique infirmière en santé mentale et en soins psychiatriques, émis par l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2009) définit le rôle de l'ICS. Elle évalue les troubles mentaux, intervient dans des situations de soins complexes et utilise différentes approches thérapeutiques qui se basent sur des résultats probants.

Pour Nancarrow et Borthwick (2005), le développement du champ d'exercice d'une profession passe par la diversification, la spécialisation, la substitution horizontale et verticale à l'intérieur des frontières de la discipline ou de la profession. La spécialisation des ICS en santé mentale et soins psychiatriques passe par la substitution verticale, ce qui implique l'élargissement des compétences en empruntant des savoirs de la médecine et de la psychologie (Barker et Buchanan-Barker, 2011). Pour obtenir le titre de psychothérapeute et effectuer le suivi des individus par le biais d'approches thérapeutiques, l'infirmière se rapporte à l'ordre des psychologues et non à l'OIIQ. La spécialisation peut alors amener la perte de l'identité propre à la discipline infirmière (Fitzpatrick, Fitzpatrick et Dressler, 2005). Par ailleurs, il est démontré dans d'autres pays que les infirmières-psychothérapeutes s'accrochent davantage au titre de psychothérapeute qu'à celui d'infirmière, ce qui a un impact significatif sur leur identité professionnelle (Hurley et Ramsey, 2008). Ici, la substitution verticale en matière de psychothérapie ne permet pas à l'ICS d'acquérir plus d'autonomie, d'obtenir le prestige ou le salaire des psychologues (Dallaire et Dallaire, 2009). Les interventions basées sur des évidences scientifiques amènent les infirmières en santé mentale à utiliser des outils et des techniques provenant d'autres disciplines. De plus, l'utilisation du terme infirmière clinicienne spécialisée en santé mentale et en soins psychiatriques démontre l'ambivalence entre l'allégeance à la science infirmière ou à la médecine (Keen, 2003). Pour Barker et Buchanan-Barker (2011), le concept du soin psychiatrique fait référence à la maladie mentale et implique un traitement médical, alors que la notion d'infirmière en santé mentale reflète un idéal, une aspiration pour la discipline davantage qu'une réalité (Chambers, 2006). Le rôle de l'ICS en santé mentale demeure donc une pratique en devenir qui doit émaner de la science infirmière.

Cela nous amène à conclure que la relation infirmière-patient constitue l'essence, le cœur et l'âme de la discipline selon McCabe (2002). Bien que ce concept ne relève pas uniquement de la science infirmière, il est primordial de comprendre de quelle façon celle-ci transforme l'expérience ainsi que son impact sur la personne dans son rétablissement. Selon Dallaire et Aubin (2009), pour faire avancer la science et acquérir davantage d'autonomie professionnelle, les connaissances théoriques et scientifiques acquises lors de la formation doivent relever du domaine de la discipline, en lien avec notre centre d'intérêt disciplinaire. La recherche peut aussi permettre de démontrer l'efficacité des soins offerts par les infirmières lorsqu'ils se basent sur des savoirs issus de la discipline (Hurley, Mears et Ramsay, 2008).

Remerciements

L'auteure tient à remercier les professeures Lucie Lemelin et Chantal Verdonpour la correction de cet article.

Références

Barker, P., et Buchanan-Barker, P. (2011). Myth of mental health nursing and the challenge of recovery. International Journal of Mental Health Nursing, 20(5), 337-344. doi : 10.1111/j.1447-0349.2010.00734.x.
Dallaire, C. (2008). Le savoir infirmier : Au cœur de la discipline et de la profession. Montréal, QC, Gaëtan Morin Éditeur.
DiCenso, A., et Bryant-Lukosius, D. (2010). The long and winding road: integration of nurse practitioners and clinical nurse specialists into the Canadian health-care system. Canadian Journal of Nursing Research, 42(2), 3-8.
Fitzpatrick, J. J., Fitzpatrick, M. L., et Dressler, M. B. (2005). Endowed chairs and professorships in schools of nursing : a 2004 update. Journal of Professional Nursing, 21(4), 244-252.
Hamric, A. B., Spross, J. A., et Hanson, C. M. (1996). Advanced nursing practice: an integrative approach. Philadelphia, PA : W.B. Saunders.
Hurley, J., Mears, A., et Ramsay, M. (2009). Doomed to fail: the persistent search for a modernist mental health nurse identity. Nursing Philosophy, 10(1), 53-59. doi : 10.1111/j.1466-769X.2008.00383.x.
Hurley, J., et Ramsay, M. (2008). Mental health nursing: sleepwalking towards oblivion? Mental Health Practice, 11(10), 14-17.
Keen, T. M. (2003). Post-psychiatry : paradigm shift or wishful thinking? A speculative review of future possibles for psychiatry. Journal Of Psychiatric And Mental Health Nursing, 10(1), 29-37.
McCabe, S. (2002). The nature of psychiatric nursing: the intersection of paradigm, evolution, and history. Archives of Psychiatric Nursing, 16(2), 51-60.
Nancarrow, S. A., et Borthwick, A. M. (2005). Dynamic professional boundaries in the healthcare workforce. Sociology of Health & Illness, 27(7), 897-919.
Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2009). La pratique infirmière en santé mentale. Montréal, QC, Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Disponible à http://www.oiiq.org/uploads/publications/autres_publications/rapport_octobre 2009_vf.pdf.
Raingruber, B. (2003). Nurture: the fundamental significance of relationship as a paradigm for mental health nursing. Perspectives in Psychiatric Care, 39(3), 104.
Sliwka, C., et Delmas, P. (2009) Profession infirmière : Quelle place et quelles pratiques pour l'avenir? Éditions Lamarre, France.

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